12.11.2007

Pascal, Jean Claude et moi

C’est le 14 juillet 2005, je suis dans la cuisine de JC, c’est ma place chez lui, il adore manger et encore plus quand c'est quelqu'un d'autre qui prépare le repas…

Pascal doit arriver, on l’attend d’une minute à l’autre. Je suis en train de couper des fraises pour le dessert.

 

Je ne l’entends pas arriver, et d’un coup quelqu’un arrive et me chatouille « rapide » à la taille. Je sursaute, me retourne. « C’est qui celui là ? ». Pour un gars qui a toujours prôné le vouvoiement il me saisit par sa familiarité inhabituelle.

 

 

Je découvre ainsi le visage de Pascal, un père victime du rapt de son fils vers l’Allemagne qui se battait alors depuis 8 ans. Nous sommes en contact ensemble depuis le 14 février 2004, par email, par téléphone, ou par fax, nous avons fait des recherches ensemble, et dénoncé des actions allemandes abominables. C’est d’ailleurs avec lui que nous nous sommes rendus compte que les allemands prennent toujours, pour défendre la position allemande de l’enfant, la même avocate, une certaine Me Ernst, qui décide toujours que l’enfant est trop bien dans ce pays et qu’il serait dangereux de le rendre au parent victime. Bref de quoi mettre en évidence la clause 13 bis qui est reconnue ailleurs comme la faille de la convention de la Haye. Une faille que les allemands aiment utiliser à chaque fois.

 

Nous allons passer près de 36h00 ensemble, à trois afin de juger de ce qui serait bon de faire dans l’avenir. Très rapidement, nous sommes d’accord sur la grève de la faim, nous pensons qu’il doit y avoir enfin un mouvement dénonciateur.

Pascal m’avoue qu’il voulait enfin rencontrer la femme qui veut faire la grève de la faim, car il avait décidé que si « nous deux » « ça collait », si il sent pouvoir avoir à faire à une femme équilibrée et déterminée, il est prêt de s’investir à fond à mes côtés. Il prendra le temps de parler seul avec JC qui va certainement aussi le convaincre, et il prendra deux bonnes heures avec moi pour me poser des questions.

 

Pascal est d’accord, plus aucun doute pour lui, mais il veut que je la fasse en Belgique, plus en Suisse. JC accepte le raisonnement de Pascal.

 

Ce que Pascal fait avec JC, c’est ce que j’aurais voulu faire il y a un an et demi avec le CEED.

J’en avais parlé à Olivier Karrer. Mais en ce temps là il n’y croyait pas il sortait lui-même d’une expérience de grève de la faim, et on ne se connaît alors que très peu.

 

En effet, il y a quelques années d’autres parents l’ont déjà fait, à plusieurs reprises d’ailleurs. Souvent cela s’est terminé en quasi échec, il nous fallait donc trouver un moyen de faire, encore mieux, connaître le problème au public et à la presse.

Beaucoup de parents ont fait la grève de la faim, Maurice, Olivier, Michaël,...  

 Olivier Karrer explique sur son site du CEED que des représailles ont suivi la grève de la faim de 23 jours en juillet 2000 à Berlin, entre autre, aussi, à la suite de la diffusion d’un reportage sur ARTE par :

 

  • à Monsieur Opigez qui n'a pas vu ses enfant enlevés depuis 1997:
    demande d'exequatur (c'est à dire faire valoir la décision unilatérale allemande) de l'Etat allemand en paiement de 9.000 Euros de pension alimentaire, contre le citoyen français Opigez, en lieu et place du parent allemand rapteur,
  • à Monsieur Michael Hickmann qui n'a pas revu ses enfants enlevés depuis 1996:
    de quitter le territoire de la République Allemande avant fin novembre 2002, avec avis d'expulsion officiel
     
  • à Monsieur Olivier Karrer qui n'a pas revu son enfant enlevé depuis 1999:
    d'être condamné à 250.000 Euros d'amende ou 6 mois de prison s'il tente de s'approcher de son fils

 

 Pour ma part l’emplacement de la démonstration devait se faire devant un ministère belge, pour Pascal il lui semblait plus cohérent de le faire devant l’ambassade d’Allemagne. Je comprenais son choix, mais ce choix est aussi une des raisons de l’échec de nos prédécesseurs, en matière de grève de la faim. Ce n’était pas le seul, un autre point qui joue en défaveur des papas victimes, c’est que des larmes d’hommes n’intéressent pas trop les journaux. Et puis en ces temps là, on voulait la constitution européenne, donc cette mauvaise publicité aurait pu malgré tout influencer une opinion publique. Un publique que certains comme Mitterrand, Chirac, Schröder, …. , voulaient garder bien calme comme des petits moutons pour les élections européennes.

 

Et les Allemands se contrefichent bien qu’un parent manifeste devant chez eux. La presse en faisait part, mais rien de très impressionnant.

 

Faire la grève de la faim devant un ministère avait pour moi un sens logique et cohérent. Je m’attaquais à ceux qui auraient du nous défendre et défendre nos enfants qui sont nés binationaux et qui par leur intolérable « je m’enfoutisme » sont devenus des enfants allemands.

 

Je voulais bien rentrer en Belgique si Pascal me promettait aussi que je recevrais un appui de tous là bas, des parents et des associations. Il me l’a promis. Je voulais en aucun cas rester seule devant ce ministère.

 

Je suis retournée à l’hôpital en annonçant que je commencerais la grève le lendemain ; les médecins ont accepté, malgré que certains infirmiers n’aiment toujours pas cette nouvelle loi qui pourrait mettre ma vie en danger.