12.11.2007
premier jour en Belgique
J’ai donc arrêté de manger. La presse suisse commence à parler de cette grève. C’est alors que les dernières infirmières qui restaient opposées à mon combat sont venues me dire que finalement elles me comprennent. C’est juste qu'il est inconcevacle pour elles, qu’on doive en arriver là pour essayer de faire respecter ses droits.
Au dixième jour de grève je suis rentrée en Belgique, où m’attendait Pascal. C’est un ami de Suisse qui m’a conduite en Belgique.
Pascal m’a installée dans la chambre d’Antoine. Un lit superposé, dans une chambre qui devrait être agréable, seulement si cette chambre est celle de Antoine, on sent bien qu’il y a longtemps qu’Antoine n’y est pas venu.
Je dépose mes caisses et ma valise sur le matelas du dessus, et je prends pour moi le lit du bas.
L’ami retourne en Suisse et Pascal commence à me parler de parents qui vont nous épauler.
De Kinou, mère belge dont les enfants ont été kidnappés vers
De Sultana Kouhmane qui a eu ses trois enfants qui ont été kidnappés par le Maroc
De Nancy André dont les six enfants ont été kidnappés vers le liban.
De Pierre dont les jumelles ont été kidnappées par la mère vers Chypre.
De Philippe Paquay dont les enfants ont été kidnappés par la mère vers
D’une autre maman, Kadija dont les enfants ont été kidnappés vers le Kossovo.
Hissam papa libanais, ils n’a plus de contact avec ces enfants qui vivent en Belgique.
…….
Si ces parents ne sont pas victimes de l’Allemagne, un point en commun nous relie le fait que nous sommes déçus, TOUS, de l’autorité centrale belge et de la justice.
Lundi, premier jour de l’annonce officielle de la grève devant le ministère des affaires étrangères, c’est pour moi le dixième jour sans alimentation.
Nous avons nos chaises, nos pancartes, nos photos, nous prenons la voiture de Pascal. Je m’assieds à ses côtés, je découvre des marrons dans un petit compartiment de la voiture, juste devant moi.
« Tu collectionnes les marrons ? » lui dis je. Voulant dire quelque chose pour détendre l’atmosphère. Pas de chance j’aurais pu tout autant me taire.
« Non, c’est Antoine qui les avait mis dans ma voiture, maintenant si je change de voiture, je les déplace. Ils attendent Antoine, comme moi » me dit il.
Je me dis, que c’est fou, on n’est pas encore devant le ministère et ils en parlent déjà. Je me souviens même de m’être demandé si, le temps qu’on arrive, le ministère n’allait pas fermer la rue pour nous interdire l’accès.
On se retrouve peu avant huit heures du matin devant la porte. On a à peine déposé nos affaires qu’arrive, de tout côté, la presse; caméra, radio, prise de son avec les micros « sur échasses »…
Je vois dans les mêmes temps un homme qui se dirige vers moi, il me regarde avec un sourire crispé. Je me dis que je le connais, mais entre les journalistes, la presse, le téléphone qui n’arrête pas de sonner, j’essaye de me rappeler de lui.
Il ressemble à ma grand-mère me dis je. C’est alors que tout à coup je sursaute, je comprends, c’est mon père. Avec un peu moins de cheveux, quelques kilos de plus, grisonnant, et gris de peau. Il est à 50cm de moi, je suis étonnée, et j’arrive même encore à lui faire la bise : preuve que je n’étais pas prête à cette visite. Il répond à ma bise, on s’est dit bonjour sans aucune chaleur, froidement, comme si nous avions été des robots qui se cognaient malencontreusement. Et pour tout dire je ne suis même pas certaine que ce ne fût pas, après ,que j’ai compris que c’était mon père.
J’en profite lorsqu’un caméraman me demande de bouger pour une prise de vue, pour dire à Pascal ,qui est le vieil homme qui s’est présenté à moi.
Je crois qu’il m’a répondu une truc du style : « on s’en fout, c’est pas le moment des explications, il aura tout le temps pour te voir maintenant »
Et c’est exact, c’est aussi ainsi que je considère les choses, il n’empêche que je pensais que mon père avait peut être eu les dix jours de réflexion nécessaire. (D’accord retraitez moi de conne. Mais comme toute personne victime on aspire qu’un jour on pourra accorder un pardon en échange d’une reconnaissance des erreurs de la partie qui a fait le mal)

23:46 Écrit par Maeliss , chaque jour la lune a un message pour toi dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nancy andre, greve de la faim, sultana kouhmane, philippe paquay, ministere des affaires etrangeres, allemagne, belgique, pascal gallez, enlevement enfant |
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